Comment est-ce possible?

Je ne parviens pas à réaliser que j’ai deux embryons en moi depuis hier. Je n’y arrive pas.

Je sais que le transfert a eu lieu, j’étais bien là, mais c’est comme si tout en moi s’était déconnecté. Aux deux autres transferts, j’étais euphorique, je n’arrêtais pas de parler à mes embryons chéris, je leur disais tout mon amour pour eux. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à leur parler?

Je me surprends à poser les mains sur mon ventre, mais c’est purement inconscient. Putain de merde (oui, rien que ça), qu’est-ce qui se passe???

Il y a des mininous en devenir, deux petits miracles qui se démènent pour vivre et s’accrocher, et moi…je n’arrive pas à les encourager, je n’arrive même pas à prendre toute la mesure de leur petite existence pourtant bien réelle. Comment est-ce possible?

Moi qui surfais sur internet à mes heures perdues de larve canapéïque pour connaître les fameux symptômes précurseurs d’une grossesse (quelle blague, tout le monde sait que c’est très aléatoire, mais tout le monde regarde quand même !), eh bien si je me connecte à la toile c’est pour mettre en place toutes les démarches pour la Belgique, sans parler des multiples appels. Moi qui me ménageais, qui ne me levais que pour le strict minimum, qui faisais attention à ne pas manger tout et n’importe quoi ; je me vois faire un peu de ménage (quand Loulou n’est pas là, il me lapiderait sinon), manger des repas juste pas du tout équilibrés, et quand mon Loulou me dit : » hey, mollo quand même, tu as nos bébés en toi ! », je lui réponds du tac-au-tac : « oui ben, ils sont même pas à j5 donc pas possible qu’ils s’accrochent pour le moment. Je peux donc encore me permettre de vivre mon quotidien comme d’habitude ». Ca le surprend, ça le peine, et ça me ressaisit : « je vais faire attention, je te le promets ». Et j’essaye au mieux de tenir ma promesse.

J’ai envie de pleurer….je suis un monstre de les laisser comme ça, de ne pas prendre la peine de m’attacher à eux, comme si c’était foutu. C’est dégueulasse de leur faire ça, peut-être que pour vous c’est ridicule car ils ne sont que de simples cellules sans coeur, mais ces cellules sont vivantes, ces cellules sont le fruit de notre amour, et ces cellules sont des bébés en formation, quelque soit leur stade de développement. Ca me crève le coeur….et je me sens perdue…en total dénie alors qu’en même temps je crois que c’est possible que ça fonctionne.

COMMENT EST-CE POSSIBLE, TOUT CA??

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Deux petits miracles dans mon ventre…

Mes chères amies pmettes, 

 

vous avez été extraordinaires, chacune à votre façon. Vous m’avez vraiment épaulée, vous vous êtes montrées chaleureuses, vous avez partagé notre tristesse et vous nous avez conseillé. Pour tout cela, MERCI. 

Nous avons décidé de faire ce transfert, quoi qu’il arrive. Arrivés au centre, nous avons croisé le gynéco qui m’a fait la ponction. Mon Loulou ne s’est pas démonté, et a expliqué ce qu’il s’est passé hier avec le biologiste. Le gynéco va donc voir Dr. Cold et convoque par la même occasion le biologiste. 

Ce dernier a dû se faire taper sur les doigts, car quelques minutes après il est venu nous voir pour discuter gentiment de tout ça. Il nous a expliqué les raisons pour lesquelles ce n’est plus possible pour nous d’avoir une FIV ICSI : 0 vitalité même après injection d’un produit spécialement fait pour augmenter la vitalité, 0 mobilité, 100% malformés, 100% vieux et fatigués. Bref, je résume car cela a pris au moins 10 bonnes minutes. 

Dr Cold nous rejoint en salle de transfert en cours de route, et appuie les propos du biologiste, avec étonnamment beaucoup de tact. Il n’ose dire LE mot qui peut faire fondre en larmes, mais LE mot, nous l’avons compris, et nous décidons de l’affronter : DON. 

Nous prenons encore plus conscience que ce transfert est notre dernière chance. Le biologiste nous dit par ailleurs que c’est un miracle que deux embryons se soient développés, normalement il n’aurait dû rien ressortir de bon de ces zozos. On se prend à rêver que ça fonctionne… 

Mais le biologiste enchaîne en disant que de toute façon, ces embryons sont issus de zozos malades et morts, donc ça ne donnera rien de bon, même s’ils venaient à s’accrocher. Sans doute contracteront-ils la trisomie 21 ou autre. BAM, prends-toi ça dans la gueule !

 

Il repart sur ces entrefaits préparer la pipette. Je regarde le Dr. Cold et lui dit : « je ne crois pas en ce transfert, c’est foutu. Ils sont de trop mauvaise qualité… »

Il ouvre de grands yeux étonnés, et me réponds : « Madame, ils sont évolutifs ! Ils ont 4 et 5 cellules, c’est vraiment super ! Peut-être qu’ils sont fragiles, oui, mais ils peuvent encore s’accrocher et continuer d’exister. Alors, il faut y croire. »; 

DE QUOI? c’est bien le Dr. Cold qui me parle? Enlève ton masque petit coquin, je suis sûre qu’il y a un Bisounours qui se cache derrière ! Je suis cynique…. . Pas bien. Prenons ce qui est bon à prendre, il a été vraiment gentil et chaleureux, et ça fait du bien. 

 

Etape transfert : Alors qu’il me met mon ami le spéculum dans le terrier magique, l’infirmière s’en va brusquement de la salle de transfert papotter et accueillir d’autres patients alors qu’une autre est là pour le faire. Dr. Cold l’appelle, pas de réponse. Par trois fois il l’appelle, toujours rien. Je m’impatiente, j’ai mal put**n !!! Je serre fort la main du Loulou qui hérisse le poil d’énervement, il commence à dire à Dr. Cold que ça ne se fait absolument pas qu’elle parte en plein transfert, que sa femme a mal. 

 

Dr. Cold appelle de nouveau. Elle arrive enfin, comme une fleur. Eh ben, il lui a mis une de ces cartouches dans la gueule !!! Jamais vu ça !! :

 » C’est inadmissible de quitter la salle de transfert alors que nous sommes en train de commencer. Aucune tâche ne passe au-dessus d’une patiente qui de plus est, souffre du fait que vous nous avez fait attendre. Vous avez tout intérêt à ne plus jamais recommencer » (imaginez ça, en mode gueulante totale au point que l’autre bout de la clinique a dû l’entendre ! Jubilatoire 🙂 )

Puis il me regarde, et redevient tout doux : « ça va aller? Je vais faire tout doucement. Hop, voilà, c’est fini. Ils sont transférés, et maintenant ils ont intérêt à s’accrocher ». Il m’attrape la main (quoi???Dr. Cold????), la serre et me dit : Courage, on va se revoir pour mettre en place le don. 

L’infirmière, qui a une tête de déterrée renfrognée profite qu’il parte pour gueuler à son tour et justifier son absence (injustifiable) auprès de nous. On la regarde, genre : « mais euh…c’est à nous que tu dis ça? Parce que là, t’es tombée sur la mauvaise personne pour te défouler ma vieille, juste ».

Elle pose les papiers de sortie sur moi, comme si j’étais sa table basse. De mieux en mieux ! Et elle part sans dire aurevoir. Connasse. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit, avant toute une série d’autres tout aussi bien. 

 

Bref, nous sommes repartis, et maintenant je couve deux petits que tout le monde condamne sauf un certain Dr. Cold…et nous. Nos deux miracles….quoi qu’il arrive, nous sommes fiers d’eux, ils se seront bien battus à nos côtés.