En tête à tête

Le 11 avril 2010, mon mari me demandait en mariage. Il fallait fêter ça ce soir, dans un cadre romantique, et s’abandonner à l’ivresse de l’amour. 
 
Nous avons trouvé un petit restaurant bien sympathique, très cocoon, dans la tranquillité…DE QUOI? Ah oui, j’ai failli oublier un léger petit détail : deux commères qui papotaient sur untel qui avait eu telle grossesse, machin qui avait vécu ça dans sa grossesse, et puis bla bla bla, c’était interminable. 
 
Je commençais à regretter d’être sortie, et j’avais envie de pleurer parce qu’on avait besoin de ce moment pour s’évader du quotidien, se recentrer sur nous, sans évoquer nos soucis. Et voilà que ces bécasses nous rappelaient la dure réalité. IL essayait de me redonner le sourire, de me caresser la main pour que je ne prête plus attention à elles, mais c’était trop tard. Je me suis dit qu’une fois de plus, la vie nous volait des moments de bonheur. Quand j’ai levé les yeux vers LUI, j’ai vu que son regard était voilé d’une sombre tristesse, IL voulait tellement me faire plaisir et partager une soirée romantique et pleine de surprises avec moi, et moi, je me laissais embarquer par la tristesse et l’amertume.
Ca a mis du temps, mais je me suis ressaisie, pas question que ces pétasses  personnes gâchent tout. On s’est détendu, on a beaucoup ri, on s’est perdu dans le regard amoureux de l’un et de l’autre, on s’est laisser plonger dans une tendresse que je n’oublierai jamais, on s’est lové des mots doux et échangé des présents. Il avait emporté avec lui des pétales de rose rouges parsemés sur notre table éclairée à la bougie, et la broche que j’avais mise pour notre mariage, et une lettre dans laquelle il me disait tout ce qu’il ressentait à mon égard. Ce que je l’aime…. .
 
La fin du repas approcha, et nous sommes allés payer l’addition. Histoire de papoter un peu avec le gérant et son épouse, nous nous sommes montrés très ouverts, et très intéressés sur leur parcours. Quand tout à coup, une question, lourde, pesante, glaçante, vint me plaquer de nouveau à la réalité : « alors, vu que vous êtes mariés, à quand le bébé? ». Aïe, pourquoi t’as posé cette putain de question??
J’inspire calmement, et dit : « c’est un sujet très délicat. Disons que nous aimerions que bébé soit là, mais il se trouve que l’on doit passer par la Fécondation In Vitro pour espérer y parvenir ». 
 
Vous savez comment les gens sont peu instruits sur le sujet, pour eux comme tant d’autres c’était le cas :  » oooh ben c’est rien ça, c’est merveilleux ce que la science fait aujourd’hui. Et puis, ça viendra quand ça viendra, patieeeeeence ! Bébé viendra quand il en aura envie ! Prenez votre temps ! »
Ils étaient adorables, toute la soirée aux petits soins avec nous, aussi je comprenais bien que c’était pour nous réconforter. Mais sur le coup, ça fait mal quand même, ça touche un point très sensible, et il nous faut garder notre calme. LUI n’a rien laissé paraître, moi j’ai essayé de leur expliquer que les choses n’étaient pas si simples, qu’un tel parcours était difficile à vivre. Mais ils ne comprenaient pas pourquoi, et minimisaient la chose. On a préféré ne pas insister, les remercier encore pour leur accueil chaleureux, une bonne fin de soirée, et voilà. En sortant, je me suis abandonnée dans les bras de mon homme, on avait tous les deux besoin d’une douce étreinte pour se rappeler l’essentiel : je suis là pour toi, tu es là pour moi. C’est ce qui compte.
 
Le retour fut plutôt calme, on n’évoqua même pas cette conversation. Nous n’avions pas besoin de nous parler pour comprendre que ça nous avait fait un pincement au coeur à tous les deux. Alors, nous avons décidé de faire preuve d’humour et de taquineries pour passer à autre chose, trier cette soirée et ne garder que le meilleur. 
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Des réactions jusqu’ici méconnues

 
La pma a apporté dans ma vie bien des changements, et bien des façons différentes d’aborder la vie et les petits tracas du quotidien. Je n’avais pas imaginé ce que ce parcours pourrait contribuer à ma construction personnelle. Je ne dis pas que je suis heureuse de passer par là, car je rêvais sincèrement avoir un bébé couette, mais parfois il faut tirer partie de ce que l’on vit et se donner à fond pour y puiser du positif, et donc de l’épanouissement. 
 
Lorsqu’on s’engage dans ce chemin plus que périlleux, on prend déjà une responsabilité « pré-parentale » si je peux la nommer ainsi. On est conscients des enjeux, et à chaque pas supplémentaire, on se rapproche de la réalité des choses et l’on prend toute la mesure de l’amour que l’on nourrit l’un pour l’autre, et que l’on fait germer pour notre enfant tant désiré. J’ai appris à assumer que la vie ait des détours inattendus, et qu’il faut accepter que le corps ne soit pas « parfait », mais qu’il connaisse des défaillances dont on est aucunement responsable. J’ai ce sentiment, chaque jour plus fort, d’être une femme assumée dans ses faiblesses, dans sa fragilité, mais aussi dans ses points forts sans en tirer aucune fierté ; car ce que j’ai appris de notre parcours, et ce que j’apprends encore, c’est que celui qui se croit épargné des malheurs peut se trouver du jour au lendemain parmi les malheureux.
 
J’apprends aussi une chose qui m’étonne toujours : plus on avance dans ce parcours, plus j’aime mon mari. Je l’aime car il s’engage avec moi, nous sommes UN dans ce combat pour la vie, nous sommes UN dans les douleurs (oui mesdames, nous subissons des traitements douloureux, mais nous n’imaginons pas à quel point c’est dur pour nos hommes de nous voir souffrir tout en se sentant impuissants. C’est une douleur psychologique très lourde à porter, et parfois même insoutenable…), et notre complicité grandit. Il n’hésite pas à craquer et se réfugier dans mes bras pour me confier toute sa peine, ses doutes, ses appréhensions. La souffrance d’un couple qui ne peut pas concrétiser le fruit de leur amour sans aide médicale, apporte à la fois bien des frustrations, mais aussi bien des épanouissements que nous devons saisir pour subsister malgré ce grand vide qui nous perce le coeur. 
 
 
VOILA LE BILAN D’UNE SAGESSE TRES TRES PASSAGERE 😀  PASSONS AU CÔTE UN PEU PLUS DEJANTE :
 
– je ne me doutais pas que les traitements me permettrais de rivaliser largement avec les chips « V**O » ou encore « PR**GLES » : j’ai jamais vu une sécheresse vaginale aussi…arrrride !!!!  Le sentiment d’avoir des chips entre les pattes, je vous assure, c’est horrible !! Le pire dans tout ça, c’est que le spé de la PMA nous a dit que les traitements m’avaient donné un aperçu de ce qu’était la ménopause. Je vous dis adieu, I WILL DIE !! A la ménopause, les soirs de pleine lune, je vais me transformer en chips géante, mouhaha ! 
Je vous assure que vivre ça, ça change une vie 😛 
 
– Je sais pas si ça vous a fait ça, à vous autres Pmettes, mais moi, dès que la première FIV est passée, j’ai eu envie de changement de look très radical, comme pour couper avec toute cette longue période difficile, pour remonter enfin la pente. J’avais un style plutôt calme, pour ne pas dire mémère ! Le genre qui fait tout sage, tout mou, tout …. NUUUUL !! Alors je me suis décidée, j’ai appelé ma coiffeuse et je lui ai dit : je veux CA ! Tadaaaaaam, me voilà les cheveux courts rock and roll, colorés roux on a fire, et des mèches blondinettes pour trancher tout ça.
C’est la déchire attitude, je suis pas une fille sage, je suis une rebelle juste un peu trop timide. Mais je veux montrer à cette putain de vie que je ne me laisserai pas abattre. ON VA TOUTES PETER LA GUEULE A DAME NATURE, EN ROUTE LES FILLES !!!! A BAT LES CIGOGNES QUI SE PLANTENT TOUJOURS DE CHEMIN !!!
 
– Il y a une fille que je connais, je crois que je vais la trucider sur place. Après la première FIV, alors qu’elle savait que je venais de faire une FC, elle m’a annoncé bien gentiment sa grossesse. Elle a tout juste 18 ans, son copain est un crooner fini, et elle me nargue ! Un soir que je l’ai vu et qu’on s’est assises (j’étais avec une amie), elle s’est mise à caresser son ventre en me regardant droit dans les yeux, elle me montrait ses échos de grossesse. Je bouillais, je restais calme. Mais mon amie lui a dit au bout d’un moment, profitant que je sois dans mes pensées, d’arrêter de me faire ça, de se caresser le ventre alors qu’elle sait très bien ce que j’ai vécu et ce que je vis encore. Cette connasse a continué !!! toujours en me regardant en coin, d’un regard plein de sadisme et de méchanceté gratuite ! Puis elle a fini par s’en aller, sans rien dire. 
 
La PMA m’a changée, ça oui : je m’imagine trucider des connasses comme ça sur le champs, leur dépouiller la tronche totalement pour que leur petit sourire narquois se change en bouillie édentée !!!!!!!
 
Si je constate d’autres changements, je vous les écrirai, ça peut toujours servir, et puis…moi ça me soulage haha !