Depuis la Maison des Lutins…

Il a fallu que j’appelle pour les tenir au courant. Oh comme cela fait du bien d’avoir au bout du fil, comme à chaque fois, une voix chaleureuse et accueillante !

Une infirmière écouta la nouvelle et m’exprima toute sa tristesse. Mon bébé a eu de l’importance pour beaucoup de personnes, nous ses parents, ma famille, des pmettes (vos commentaires me font du bien, ne me lâchez pas … j’ai besoin de vous), notre pma… .

Bien sûr, ma voix était tremblante, mon coeur écorcha fit remonter un fleuve de larmes, mais c’est avec beaucoup de patience qu’elle me réconforta, je me sentis bercée par la douceur de ses mots. J’en ai tant besoin, c’est si essentiel pour me reconstruire… .

Elle me proposa que La Magicienne me rappelle dès que possible dans la journée, ce que j’acceptai avec empressement. Je voulais comprendre, je voulais entendre de sa bouche que je n’y suis pour rien, que je ne suis pas une mauvaise maman, et qu’on pourra recommencer sans crainte. 

A peine 10 minutes après, mon téléphone sonna, oui ce numéro je reconnais, c’est ELLE. Sa voix tout aussi douce que l’infirmière que j’eus précédemment m’enveloppa dans une bulle consolatrice. Elle m’expliqua que malheureusement, nous n’étions pas épargnés et qu’elle comprenait toute la déchirure que cela nous causait. Mais qu’on n’y pouvait rien, si notre ange est parti c’est que son coeur avait de sérieuses malformations. Ca arrive 1 fois sur 6, et pour notre plus grand malheur il a fallu que l’on fasse partie de cette « 1 FOIS sur 6 »!…

Pour continuer, je suis à un stade trop avancé pour procéder à l’expulsion par Cytotec. Ce sera donc le curetage… . Ma hantise… . Elle a tenté de me rassurer, que ça se passerait bien et qu’après un bon cycle de repos, si on se sentait d’attaque et que si tout était cicatrisé, on pourrait reprendre les essais et que maintenant qu’on est tombé dans le mauvais côté des pourcentages, il y avait très très peu de risque que ça réitère. 

Après encore quelques encouragements et beaucoup d’écoute sur mes questionnements, nous avons terminé cet appel avec un « A bientôt, appelez-nous dès que vous vous sentez prête ».

 

Dans ce deuil, je me dis que nous sommes vraiment entourés. Comme le dit le slogan de cette PMA, c’est « une aventure humaine », ils me l’ont prouvé encore et ça aide à passer ce moment un peu moins douloureusement, avec malgré tout de l’espoir qui renaît, et la rage de se battre, ne rien lâcher, pour nos anges, pour cette équipe qui nous soutient plus que jamais, et pour NOUS.

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CECOS V.I.P s’il vous plaît !

Hier matin, nous sommes allés à notre rdv au Cecos. Nous avions décidé de prendre nos précautions dans le cas où ça ne fonctionnerait pas en Belgique, ou qu’on n’ait plus les moyens de payer les tentatives. Vous allez adorer le système français ! Nous arrivons dans ce qui semble être la salle d’attente : des couples parqués dans le hall d’entrée, avec pour seule amie la photocopieuse et le local vétuste où les courants d’air s’engouffrent. On se regarde : « où sont nos fauteuils blancs? On retourne en Belgique !!! »

Face à nous, il y a un couple dont on lit la souffrance sur leurs visages. Ils ont le regard fuyant, ils se parlent peu, ils ont l’air vraiment dans mal…ça nous fait vraiment de la peine pour eux, car on est bien conscients que bien des fois, des gens ont pu faire ce constat en nous regardant. Alors on comprend la détresse, mais on ne peut rien faire… .

Tout à coup, on entend : « Madame Titpouce ! », on est bien contents de quitter la « salle d’attente », mais le « cabinet » n’est guère mieux. C’est plus un local à balai qu’autre chose, mais bon, on est en France. Le gynéco regarde notre dossier, nous lui expliquons notre situation actuelle, la raison pour laquelle il y a des examens prescrits en dehors du cadre de notre ex-pma. Eh bien…

NOUS AVONS ETE REFUSES ! Refusés car même si c’est à l’étranger, le Cecos ne permet pas aux couples de s’inscrire dans un 2ème centre, parce que ce serait comme voler la place à un couple. On dit avec Loulou qu’on ne comprend vraiment pas la logique, on n’embête personne, et puis de toute façon, vu les deux ans d’attente pour avoir un donneur en France, on ne va pas épuiser le peu d’échantillons spermatiques non plus ! Eh bien non, c’est comme ça. « Revenez nous voir si ça ne marche pas en Belgique, vous pourrez être acceptés, mais faudra attendre 2 ans comme tout le monde ».  Je me marre, et dire que nous avons eu 3 jours d’attente pour avoir notre donneur (et ce, parce que notre rdv était juste avant le week-end, sinon on l’aurait eu plus tôt encore !). Quand j’ai dit ça au gynéco qui nous recevait, je l’ai senti se crisper, il n’était lui-même pas convaincu de ce qu’il disait, on sentait à quel point son job lui rongeait les nerfs, qu’il ne prenait pas du tout son pieds dans son taff.

Il était vraiment sympa par contre, il n’a pas été désagréable pour un sou, c’est la politique du Cecos qui m’a écoeurée. J’en ai profité pour lui dire que c’est bien gentil de dire aux couples que s’ils veulent passer sur le haut de la pile il faut qu’ils ramènent un donneur, mais que c’était à nos yeux du pur chantage, et que l’on ne se voyait pas demandé à qui que ce soit : « Tiens, salut ! Ca te dirait de donner ton sperme ? ». Re-crispation. Il comprend, mais il est interdit au Cecos de faire de la pub, donc c’est aux couples que revient cette tâche.

La petite cerise sur le gâteau, c’est quand, pour nous offrir un lot de consolation, le gynéco nous dit : vous pourrez toujours revenir pour le désir d’une deuxième grossesse ! », je réponds du tac au tac : « euh, si ça fonctionne avec la Belgique, c’est eux qu’on ira revoir sans aucune hésitation ! ».

Bilan du jour : Loulou et Titpouce se sont levés tôt pour entendre qu’ils n’étaient pas acceptés pour cause d’infidélité au Cecos français (quels libertins ces deux là !) ; ils ont une gueule de zombies pas frais parce qu’ils ont eu un emploi du temps chargé, et peu d’heures de sommeil pour récupérer (mon œil gauche me brûlait et pleurait tellement j’étais claquée, fallait voir !) ; ils se sont dit que décidément, la France est un pays vraiment tout pourri, et qu’ils iraient bien se renseigner pour s’expatrier en Belgique dès que petit bout sera auprès d’eux.

Quand l’innocence se balafre de réalités cuisantes

J’en suis là, à réaliser que nous sommes seuls. Nous avions des amis, où sont-ils ? Quand nous étions fiancés, les gens se disaient qu’on avait besoin d’être tranquilles, pour savourer nos moments à deux, pour nous construire. Quand nous nous sommes mariés, les gens se sont dit qu’il fallait nous laisser encore plus tranquilles, parce que désormais, c’était un foyer qu’on allait construire, les jeunes mariés réclament d’être seuls à seuls… . Quand on a voulu un enfant, les gens se sont dit qu’il fallait nous laisser tranquilles, parce que d’ici peu il y aurait un bambin à s’occuper. Quand nous sommes entrés en PMA, les gens se sont qu’il fallait qu’on les laisse tranquilles, parce que la souffrance est venue entacher notre vie, et ils ont eu peur qu’elle éclabousse la leur.

 

Ne parlons même pas de ceux qui se montraient tout de même attentifs, et qui dès qu’ils ont appris qu’ils auraient un enfant, nous l’ont caché, jusqu’à ce que ce soit trop voyant, nous ont écarté de leurs soirées « entre amis ». On apprenait par d’autres personnes qu’il y avait eu telle soirée chez untel. Un jour, on se promenait près d’un plan d’eau bien connu dans notre ville, et nous y avons croisé ces fameux « amis » qui allaient pique-niquer ensemble. Ils se sont sentis bien cons… .Nous aussi.

Je me demande à quoi cela rime d’avoir des liens avec autrui, si c’est pour qu’il nous laisse et nous rejette dès que notre histoire est différente de celle des autres, entrés dans le moule des fertiles. Vous allez me dire que l’amitié sincère existe, c’est vrai, je ne le nierai pas. Mais combien d’entre vous peuvent dire que JAMAIS, cette amie ne vous a laissé de côté, que JAMAIS elle ne vous a traité différemment parce que, ô malheur, vous vivez votre quotidien avec l’infertilité collée à vos bask’ ?

 

Vous n’en avez pas marre d’être rejetés ? Vous n’en avez pas marre que le regard des autres changent dès qu’ils apprennent que vous n’arrivez pas à avoir un enfant ? Vous n’en avez pas marre d’être ignorés ? Vous n’en avez pas marre de savoir pertinemment que les autres voient votre souffrance mais la minimisent ? Parce que moi, si. J’en ai marre.

J’en ai marre du « ooooh, mais ça marchera la prochaine fois !!! », « ooooh, mais vous êtes jeeeeeeunes, pourquoi vous inquiéteeeeeer ?! », « ooooh, mais vous y pensez troooop ! Vous n’avez qu’à adopteeeeer ! ». Je voudrais que pour une fois, juste une fois, les gens ressentent notre souffrance comme s’ils la vivaient, peut-être que notre société ne nous musèlerait pas en banalisant l’infertilité, en présentant la PMA comme la solution miracle qui va combler tous les couples rapidement. Parce que c’est faux, nous le savons, nous le vivons, nous en parlons, mais bien vite nous nous taisons, parce que ça saoule tout le monde.

Un jour, quand il n’y aura plus 1 couple sur 6, mais 4 couples sur 6 qui consultent pour des problèmes d’infertilité vu les saloperies qu’on nous fait manger, la pollution et toutes les choses que l’on ne soupçonne pas mais qui nous bouzillent la santé, peut-être serons-nous pris au sérieux… . Et peut-être, je dis bien peut-être, nous sentirons-nous moins seuls…moins « marginaux ».

Ils se cachent pour mourir…

C’est ce que nous allons faire mon Loulou et moi, nous cacher pour mourir. Pour ne pas attirer la pitié, pour ne pas attirer les phrases connes et blessantes, pour ne voir aucun visage faussement déconfit, pour simplement se laisser attirer par ce gouffre que nous connaissons que trop bien. 

Hier soir, grosse douleur de règles, début de spottings. Ce matin, on a convenu que je ferais un tg, mais pas celui de Claire que je déteste, un autre. Loulou est revenu avec…Claire ! Pas d’autre tg cette fois-ci dans notre pharmacie, cette connasse a bien joué son coup, et elle a réussi. Deux petits mots sont venus brutaliser nos coeurs : « pas enceinte ». Je suis allée faire ma prise de sang aujourd’hui même, j’aurai les résultats à 17h. J’ai pleuré face à cette biologiste si douce qui me souhaitait bonne chance, et courage pour recommencer tout.

Je me cacherai pour mourir, pour laisser mourir cet espoir débile que j’ai laissé s’immiscer en moi. Je me cacherai à cause de ma honte, celle de vous avoir embarquées dans mes douleurs inhabituelles. Je vous promets que ce n’est pas par psychotage que j’ai eu ces douleurs, je ne suis pas comme ça. Je suis d’abord zen, et quand je sens des douleurs très différentes, là je perds mon calme… . Mais après tout, que l’on pense ce que l’on veut de moi, je n’en pense pas moins de moi-même. 

Je vais m’absenter quelques temps, juste pour mourir, pour laisser Dame Nature arracher encore un bout de mon âme de pmette et s’en délecter comme elle le fait à chaque fois. Je ne me débattrai pas, je la regarde déjà droit dans les yeux, prête à être sa proie. Je ne serai que l’ombre de moi-même, errant dans les limbes de l’infertilité, cherchant mes cendres pour renaître, pour ne pas lâcher. Pour ne pas te lâcher mon enfant, parce que je sais que tu es quelque part, et que cela m’importe peu de goûter la pénombre d’un échec si c’est pour mieux m’approcher de toi, si c’est pour mieux t’effleurer. Je souffrirai mille souffrances pour toi, si c’est pour que tu sois près de nous, en moi. Je verserai mon sang chaque mois, comme c’est le cas depuis plus de deux ans, je le verserai demain au milieu d’amères larmes, tout en sachant que ce ne sera pas toujours comme ça, que tu seras un jour dans mes bras… je l’espère.

Nous nous cachons pour mourir… . Bonne chance à toutes

Le revers de la médaille (2)

Il fallait bien une suite à cet épisode familial, celui où Loulou appelle son père pour avoir certaines explications. Loulou était très calme, il avait envie de garder de bonnes relations avec sa famille, je l’y encourageai, mais je voulais qu’on rétablisse la vérité quant aux mensonges divulgués à mon encontre. 

 

Seulement, Loulou avait beau être dans de bonnes dispositions, il en fut autrement de son père. Et malheureusement, quelques minutes à peine après avoir composé son numéro, je le vis dans une grande détresse. Son père le massacrait par des mots toujours plus méchants les uns que les autres, il n’y avait aucun amour dans ses paroles, aucune volonté de se remettre en question, de voir le pétrin dans lequel il nous avait plongé. Rien. 

Il me fut insupportable de voir les yeux de mon époux perdus dans le vide, fatigués et en colère. Je saisis le téléphone, Loulou n’eut aucune résistance, il fut soulagé que je prenne le relais. Son père criait, il voulait qu’on écoute ses bons conseils, sa morale exacerbée d’aller voir un psy parce qu’on est trop cons pour ne pas s’émerveiller et gagater devant les bébés des autres. Je n’eus que le temps de dire : « cette fois, c’est toi qui va m’écouter. Tu dis que ça fait des années qu’on ne s’est pas eus au téléphone, tu exagères à peine, ça va ! Tu vas arrêter de nous traiter comme ça, STOP ! » (je paraphrase, c’était tellement court comme « échange » que je ne me rappelle plus trop bien, mais l’idée est là). Il m’a raccroché au nez. Je rappelle, il me dit juste : « laissez-moi mourir tout seul ». Victimisation à l’état pur, c’est nous qui en avons bien bavés, et c’est nous les bourreaux de sa pauvre petite vie ! 

J’étais hors de moi ! qu’il me traite comme ça, soit, il me pifre pas, tant pis. Mais qu’il traite son fils de cette façon, c’est inacceptable. Loulou a compris par lui-même quel était le vrai visage de son père, et à quel point son beau-père avait été bien plus un père pour lui que son propre père. Ma belle-mère a pris le temps de discuter avec lui au téléphone (le père de Loulou et sa maman son divorcés depuis 10 ans), de le rassurer, de lui montrer tout son appui.

Et mes parents ont été adorables. Ces parents que j’avais dû perdre pendant 1 an car ils n’acceptaient pas mon Loulou, ces mêmes parents avec qui il y a eu une sincère réconciliation, ces parents qui avant ne nous auraient pas apporté tout le soutien nécessaires, ceux-là même qui à présent sont un soutien inébranlable, fait de franchise, de douceur, et d’amour. Ils sont présents plus que jamais, je redécouvre tout l’amour qu’ils ont pour moi, et aussi pour Loulou. Ils ont été ravis pour nous d’apprendre que nous passions par le don, que ça allait vraiment bien, qu’on reprenait notre souffle. 

Ils nous rassurent chaque jour, nous disant que ce bébé est très très attendu de ses grands-parents, et que pour eux il sera autant mon bébé que le bébé de Loulou, quoi qu’il arrive. Il y a dans chaque blessure, du mauvais, et du bon. Dans l’adversité, on se trouve aussi des alliés puissants. Là où on ne soupçonne pas une petite lueur d’espoir parmi l’obscurité qui nous entoure, il est des personnes qui allument un brasier tout entier pour nous aider à retrouver de la sérénité, de la sécurité.

 

Ils ne lisent pas mon blog, mais je ne les remercierai jamais assez d’être de vrais PARENTS, un papa avec qui on peut parler de tout, une maman qui pleure avec sa fille devant un résultat négatif, un beau-papa qui se montre totalement disponible si Loulou a besoin de lui, une belle-maman qui le prend dans les bras et qui dit qu’il sera un merveilleux papa, très bientôt. 

 

On perd à la fois une famille qui nous était chère (même s’ils ont été monstrueux, avec le recul je n’éprouve pas de rancune, je les plains d’être noyés dans une telle méchanceté…), mais on gagne toute une armée à nos côtés pour nous aider à avancer et à gagner notre combat pour la vie. 

Le revers de la médaille

Après quelques jours passés en famille sans aucune ombre pour gâcher cette idylle, l’orage finit par se faire sentir, et peu à peu, de houleux renversements de situation vinrent déchirer cette toile utopique de notre séjour Portugais.

Quelques doutes s’étaient immiscés dans mon esprit, mais je ne voulais pas y donner trop de crédit : ma belle-famille semblait de plus en plus distante, comme rongée d’à priori me concernant. Une seule personne pouvait en être l’origine : mon beau-père, j’en étais persuadée. Et pour le coup, mon instinct s’avéra exact. Il avait craché sur mon dos. Comment ça s’est confirmé? Vous allez être sur le c** !

 

Après une bonne journée en compagnie de l’oncle G. et de Tata M. , voilà que Tata M. et moi avons une discussion au sujet de notre infertilité à Loulou et moi. Je me sentais en confiance, mais ses propos furent incisifs et sans appel : « Arrêtez de pleurer sur votre infertilité, de toute façon faut accepter que la nature ne vous ait pas doté des capacités nécessaires pour avoir des enfants. Et puis, vous êtes jeunes. Et si ça vous manque tant que ça, vous n’avez qu’à adopter. »

Je n’en croyais pas mes yeux. Elle, elle qui semblait si gentille et avenante, elle devenait monstrueuse. J’essayai tant bien que mal de lui faire comprendre les choses, mais elle rétorqua : « il n’y a pas de maladie pour moi. C’est PSYCHOLOGIQUE ! J’ai connu un couple qui est passé par les traitements et qui, une fois qu’ils ont abandonné l’affaire, eh ben c’est venu comme ça. C’est PSY-CHO-LO-GI-QUE ! »

 

J’étais au plus mal, je ne voulais pas faire de vague, et Loulou, sans le savoir, me sauva la mise en faisant irruption dans la cuisine. Sauf que ce n’était pas terminé : on voulait leur montrer les photos du Canada, notre beau voyage de noces. Et dedans, j’avais une coiffure différente (cheveux longs et frisés). Sur ce, ils dirent que j’étais belle avant, mais que là j’avais une coiffure d’homme. Blessée, je me tais, j’encaisse. Je baisse les yeux et sors le portable de ma poche (j’avais pas mon sac à main, donc…), et là la tante chope cette graaaave erreur pour me faire une leçon de morale : « le portable ne se met pas dans la poche hein (avec le regard entendu qui veut dire : pauvre conne, c’est pour ça que t’arrives pas à avoir un bébé ! Nan mais allô quoaaaa !!!!). Tu pourrais être ma fille, donc je te le dis, c’est comme ça. »

Sur ce je fais un gros : « Oui mamaaaaaan ! » (insolent bien sûr). Regard désapprobateur de l’Oncle G., mais là je commence à bouillir donc je m’en bats les steaks comme on dit.

 

Le lendemain, gros repas de famille, où il y a un bébé que tout le monde adule bien que la famille soit au courant de notre infertilité. J’essaye d’éviter tout regard m’invitant à me joindre à toute cette singerie pour faire rire bébé (oui, là je suis grave énervée, la tante est en face de moi, elle en fait exprès cette conne). Le soir même, une autre tante (on va l’appeler Monster, vous comprendrez vite) me dit que c’est con que je sois aussi grosse avec les traitements et que je n’aie toujours pas de bébé au bout du compte. Qu’il faut accepter que la nature soit ainsi faite, qu’il faut apprendre à vivre heureux sans enfant et qu’il faut que je fasse une thérapie car ne pas avoir d’enfant m’a rendue folle au point d’éviter d’amuser le bébé du midi. Je me lève, c’en est trop, et je pars pleurer dehors, que dis-je, hurler ma souffrance, tant de cruauté. Ca ne m’était jamais arriver, mais le point de souffrance et d’étouffement dans cet endroit et cette famille qui me sont totalement étrangers, était insoutenable. Mon Loulou me rejoint, m’aide à me calmer, me console, et pleure aussi.

 

On rentre blessé chez Monster qui nous accueille depuis le début du séjour. Loulou me demande d’aller dans la chambre, et lui va parler avec elle. C’est là que tout déconne : ma tante lui dit que je ne suis pas une femme pour lui, que je le manipulerai, que je suis une folle, qu’il n’y a pas de quoi pleurer de ne pas avoir d’enfant dans la vie, etc etc etc. Loulou s’énerve, le ton monte, mais il veut continuer jusqu’au bout la discussion pour me défendre. C’est là que Monster laisse échapper que le père de Tom a dit bien des choses à mon sujet, du genre que je suis quelqu’un qui se prélasse dans le canapé pendant que Loulou fait tout à la maison, que je ne sais pas garder un emploi tellement j’ai sale caractère (c’est pour ça que j’ai dû refuser une prolongation de contrat vers un CDI éventuel parce que la FIV approchait, mais passons…), que je manipule son fils, que j’ai une santé de merde donc qu’il ne comprend pas pourquoi il reste avec moi. Loulou s’en va me rejoindre, blessé, mais veut que je dorme, et ne me dit rien à ce sujet.

 

Le lendemain, tout explose. Je me fais insulter ouvertement par Monster qui me dit des horreurs pour me blesser et m’écraser, mais cette fois elle insultait mon couple, mais aussi mon bébé à venir. Je me suis sentie pousser des ailes, et une force incroyable gonfla mes poumons et fit sortir toute la colère que j’avais sur le coeur. Quand elle croyait m’avoir atteinte, je lui répondais par des propos encore plus glaçants. Quand elle montait d’un ton, j’en montais de trois. Son mépris pour moi était tel que je n’éprouvai aucune pitié face à elle. Et elle crache des propos que mon cher beau-père a dit, nous comprenons l’ampleur des mensonges et de l’hypocrisie dont il a fait preuve. Nous ne le reverrons plus, et Loulou va avoir une sérieuse discussion avec lui… .

 

Bref, nous avons été jetés à la rue…le jour même. Fort heureusement, notre famille française a su réagir promptement, et nous a trouvé un hôtel et les trajets nécessaires pour rejoindre l’aéroport. Nous sommes rentrés en France aujourd’hui, non sans grand soulagement.

Blessée? oui. Mais aussi plus que déterminée à protéger mon couple et notre enfant futur, pour qu’il n’aient jamais à subir de tels jugements. Mon beau-père a tout gagné, il ne verra plus son fils, mais il ne verra pas non plus ses petits-enfants. Quel salaud celui-là ! 😦

 

PS : pardonnez la longueur de ce post, c’est malheureusement qu’un résumé, il y aurait tant de choses à dire encore…

L’amie : l’achèvement !

Vous vous rappelez de cette « amie » pieds dans le plat à auch*n? Oui oui, c’est bien celle qui m’a fait délicatement remarquer que j’étais devenue une grosse vache !

Eh bien, elle a fait son grand retour pas plus tard que cet après-midi. Je me suis dis que quitte à ce qu’elle m’achève, autant que je le partage avec vous ! Y’en a, ce sont les belles-mères qui sont aussi délicates qu’un éléphant dans une pièce pleine de porcelaine. Chez moi, la belle-mère est géniale. Mais pas cette Miss Elephant !

Alors voilà, Miss Elephant se sentait bien bête de m’avoir fait pleurer au milieu de la population auchanière ! Aussi, elle a voulu venir réparer sa bourde.

Je n’avais juste vraiment pas envie de la voir. Ce n’est pas que je suis rancunière, mais c’est que je sais qu’elle est du genre à enchaîner les bourdes, et que là en ce moment je n’ai juste pas le courage d’encaisser tout ça. Mais voilà, je suis trop lâche, alors je dis oui pour qu’elle vienne. Loulou dit que c’est juste de la politesse. Appelez ça comme vous le voulez, dans tous les cas je me suis tirée une balle dans le pied !

En plus, je devais me retrouver seule avec elle, Loulou devait partir pour l’aprèm entier, ça ne me rassurait pas du tout. Vous savez, je suis quelqu’un de très vite mal-à-l’aise et réservée, assez solitaire. J’accueille très rarement quelqu’un chez moi, et encore plus rarement je vais chez les autres. Ce n’est pas que je n’aime pas la compagnie, mais je ne me sens pas être moi dans ces situations. Tout est toujours très cordial, rempli de façades qui m’insupportent. Les relations humaines sont pour moi souvent faites de paraître. Si vraiment je me sens bien avec des gens, c’est quand ce sont des amis proches qui font tomber le masque, et je me sens de le faire réciproquement. BREF !

Première bourde : elle vient avec ses trois petits en bas-âges (dont un bébé). Bon, ça de toute façon, à moins de les confier à leur grand-mère, elle n’allait pas venir sans eux. Je me serais juste bien passée qu’elle me colle son bébé dans les bras au minimum 3 fois dans l’aprèm pour s’occuper des deux autres (oui, elle sait que la FIV a grave foirée !).

Deuxième bourde : elle a passé je ne sais combien de temps à me parler de ses merveilles, de ses grossesses, etc etc etc. (et je le répète : OUI, elle sait que la FIV a grave foirée !!!)

Troisième bourde : elle ne sait pas que l’on doit passer par le don, et on se gardera bien de lui en parler. Elle sait simplement qu’on part à l’étranger pour envisager d’autres possibilités. Miss Elephant, tenant particulièrement à son rôle, me dit alors : « mais euh, si une FIV à l’étranger ne fonctionne pas pour vous, vous allez adopter? »

Moi : « Non, ça n’est pas du tout dans nos projets. L’adoption est un processus très long qui n’aboutit pas toujours, et en plus, nous ne nous voyons pas être l’objet d’une observation minutieuse de nos choix de vie pour savoir si nous serons des parents éligibles ou pas (cela ne reste que mon opinion bien sûr, je salue le courage des couples qui entament de telles procédures. Que leur rêve aboutisse <3) ».

M.E : « Ben alors, vous vivrez sans enfant?! »

Moi : « Tu sais, avant de penser ADOPTION dès qu’il n’y a plus de FIV possible, il y a d’abord le DON »

M.E (d’un regard écoeuré à l’idée qu’un autre sperme que celui de mon homme soit inséminé) : « De quoi?!!!! Qu’est-ce que tu me racontes là?!!! »

Moi : « ben, un donneur pourrait être une solution »

M.E : « Un donneur??!!! Pfff, ça ne marchera jamais tfaçon » (je reviens, je vais me peeeendre !!!!!!)

Moi : « Tu m’expliques? »

M.E : « ben, passer par le don ne changera rien, même si c’est ton mari qui a des soucis et que toi t’en as pas. Ca ne marchera jamais »

Moi : « tu ne connais absolument rien aux techniques actuelles, n’étant jamais passée par là. La médecine a progressé, et nous ne sommes pas jetés dans la nature ! On a un suivi régulier et sérieux, on ne me fait pas que m’injecter un sperme et hop on verra bien ce que ça donnera !! »

Je vous épargne le reste de la conversation. Elle reste campée sur le fait que ça ne marchera JAMAIS. Je vous assure qu’elle est gentille comme personne, mais franchement…l’indélicatesse est le maître-mot de son comportement. Et vous savez quoi? Elle veut avoir 6 enfants ! 6 !! déjà qu’avoir un enfant est du domaine de l’utopie pour nous, mais alors 6 !! Bon c’est sûr, elle réussira à les avoir si elle le veut, elle tombe très très vite enceinte. C’est pas le train qu’elle prend, c’est un jet privé 😀