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Archives Mensuelles: avril 2016

2 ans plus tard…

C’est bizarre la vie, elle peut tellement changer du tout au tout, on en oublierait presque les épreuves, les larmes et le temps qui s’étiraient lentement, l’écume des échecs qui émoussaient notre espoir d’y arriver. On l’oublierait presque, mais on n’oublie pas. On est dépourvu des sentiments de souffrance, on voit un peu comme un spectateur le fil de notre propre vie.

Cela fait deux ans que nous avons découvert qu’une petite perle avait fait choix de s’accrocher sous mon nombril, je n’avais pas beaucoup de foi en mon corps qui m’avait tant trahi, et je suis restée pendue au temps qui défilait semaines après semaines, je m’approchais du but ultime, et la lumière a fini par irradier complètement nos vies.

Je la vois aujourd’hui courir, ses éclats de rires me font penser à une source d’eau puissante et candide, elle a toujours les mêmes fossettes que son papa, elle a gardé ses grands yeux rieurs et charmeurs, et elle a grandi, grandi, grandi.

Et quand je regarde en arrière, j’en oublierais presque tous ces soirs où, plongés dans un désespoir sans nom, on n’arrivait pas à se projeter, à croire qu’on pourrait être nous aussi parents, on ne parvenait pas à se réjouir pour les autres, on détestait croiser la légèreté de ces couples fertiles suivis d’une ribambelle d’enfants, et aujourd’hui ils sont des amis, des personnes qu’on apprécie sincèrement sans arrière pensée.

Ce week-end a marqué une étape supplémentaire, celle où on voit partir lit bébé et commode à langer, celle où on voit sa petite fille s’endormir dans un plus grand lit, visiblement ravie puisque débarrassée de sa gigoteuse elle s’endort bras et jambes écartés en mode étoile de mer 🙂

Oui, ce temps où elle n’était qu’un petit nourrisson fragile et totalement dépendant de nous et de l’attention qu’on lui portait est révolu, et je devrais juste être heureuse de la voir grandir, mais je suis nostalgique. Plus que ça, j’ai l’impression de vivre un baby blues, chose que je n’avais jamais vécue. Se pourrait-il qu’il ne se manifeste que maintenant ? Quand on réalise que la vie continue et que de petits coups soulevant le ventre il n’y aura plus ? Que de petit bébé endormi contre mon sein il n’y aura plus ?

Je maintiens que nous n’avons plus envie de nous relancer dans une autre aventure pmesque, notre quotidien est bien trop délicieux pour vouloir replonger dans ce qui fut notre fardeau et notre victoire. Et les angoisses liées au début de vie de notre Poucinette RGO avec sa plicature à l’estomac ne me manquent aucunement, on peut dire qu’on avait hâte que tout ça soit fini, que notre fille grandisse et puisse manger sans avoir mal après, sans vomir. Mais alors, qu’est-ce donc que ce sentiment qui me tort le coeur et me donne envie de chialer ?

Je crois aussi que j’ai peur d’oublier, j’ai peur de devenir inattentive aux éventuelles difficultés des autres couples, je me montre présente dès que je constate qu’il y a des parcours difficiles, mais sans doute que je passe à côté d’autres sans même m’en rendre compte. Tout est un peu confus en ce moment…j’ai pourtant continué silencieusement à vous lire, à me réjouir pour les bébés arrivés ou encore bien au chaud, à être triste pour les échecs, les coups bas de Dame Nature.

Et c’est sans doute tout cela à la fois qui me pousse à écrire ces quelques mots, là où j’ai couché tant de mots sur les étapes de notre parcours, revenir à la source pour m’en abreuver et peut-être aussi me rassurer : on oublierait presque, mais on n’a pas oublié. Et ma reconnaissance envers notre donneur est toujours aussi immense, et c’est peut-être très con de ma part mais quand il y a eu ces attentats en Belgique j’ai tout de suite pensé à lui, j’ai prié qu’il ne soit rien arrivé à cet homme sans qui nous n’aurions jamais pu avoir notre douce petite fille, sans qui nous n’aurions jamais pu aimer, choyer, bercer notre enfant. J’espère que tu vas bien, toi cet homme que nous ne connaîtrons jamais, mais qui a pensé à des couples comme nous, qui a eu cette générosité, qui a accepté, demandé à donner quelques unes de tes si précieuses gamètes. Je crois que je puise à nouveau dans mes souvenirs, pour simplement comprendre la nécessité de ne jamais oublier, pour transmettre le flambeau à ma fille, qu’elle n’oublie jamais elle non plus, mais surtout qu’elle se souvienne même après notre mort combien nous l’avons toujours aimée et désirée, combien notre parcours a été bourré d’épreuves en tous genres, mais avec toujours cette même petite lumière au bout. Je sais que cette lumière c’était elle, et c’est pour cela que son prénom signifie « éclat du soleil, halo de lune »

Alors puissent ces changements, sa croissance me porter tout en me faisant regarder en arrière avec simplement cet apaisement que mes souvenirs apportent.

 

 

 

 

 
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Publié par le avril 27, 2016 dans Uncategorized