Un séjour à l’hôpital sous protocole ADALATE #3

La nuit a donc été mouvementée, mais les contractions quant à elles ne sont pas revenues. Je suis réveillée pour la prise de l’ADALATE, j’en profite pour appeler Loulou qui fait sa rentrée aujourd’hui comme bon nombre de profs 🙂

J’ai la gueule d’un zombie qui s’est fait éclater la tronche la veille par un tractopelle alors je me lave le visage, me pouponne, me coiffe, c’est important de se sentir quand même potable en hospi, ça participe au moral des troupes ça je peux vous le dire !
Le ptit dèj arrive, on me dorlote et on apporte tout ce que je désire, je n’en profite pas pour autant mais j’apprécie simplement qu’on se préoccupe de moi. Loulou a en plus ramené pleins de cochonneries chocolateuses à manger 😛  j’ai donc mon ptit bol de chocapic que je dévore !
Un médecin toque à la porte, c’en est encore un autre. Il me dit que le col n’est pas modifié et ne comprend donc pas ma présence ici, je ne comprends rien. Il me dit que si, à l’écho on voit bien que le col n’est pas modifié. Je lui explique que là, je n’ai jamais eu d’écho, et que l’écho dont il parle date d’il y a plus de deux semaines !!! Gros blanc, il se sent con le doc, d’autant qu’il y a deux infirmières avec lui et une étudiante^^
Il essaye de se montrer un peu pro du coup et me dit qu’on va faire une écho aujourd’hui pour savoir où ça en est maintenant. S’il a bougé, on lance le CELESTENE pour Poucinette et je reste encore 48h.


Cette journée-là connaît des petits rebondissements, et pas des moindres : déjà, un monito qui n’était pas prévu est finalement mis en place. Le résultat est parfait, il y a bien quelques petites contractions de ci de là, mais c’est on ne peut plus normal.

Ensuite, il y a l’entrée triomphale de mon sauveur, Gygy d’amour qui, apprenant que j’avais été hospitalisé, a volé à la rescousse vêtu de sa belle blouse blanche tel un chevalier servant sur son étalon blanc 🙂 (quoi, le récit est long, faut bien que je l’alimente un peu pour pas que tu t’endormes^^). Il était mécontent, mais alors vraiment mécontent.
Quand on est en MAP (Menace d’Accouchement Prématuré), on lance le protocole ADALATE (ça c’est bon) ET la maturation des poumons du bébé par CELESTENE. Il ne comprend pas que ça n’ait pas été fait dès le début, et a exigé que ce soit fait immédiatement. C’est en cours… .
Suite à ça, il est venu me voir dans la chambre pour discuter, voir comment j’allais et m’expliquer la suite des réjouissances. C’est lui qui va me faire l’écho du col cet aprèm’, et ça ça me rassure à un point que tu n’imagines pas. Il a toujours été très minutieux, compétent et doux alors je suis en totale confiance avec lui.
Ensuite, le CELESTENE est pris deux fois à 24h d’intervalle entre les deux prises. Donc demain même heure, rebelote la marmotte. Quand la dernière prise aura été effectuée, je pourrai rentrer à la maison (qu’est-ce que j’ai hâte !!!). Je continuerai chez moi l’ADALATE jusqu’à 34-35sa et ensuite advienne que pourra, Poucinette pourra venir dès que l’envie lui prendra.

Je pense très souvent à vous toutes, j’imagine le retard considérable que je prends sur les différentes publications d’articles et peste de ne pas pouvoir commenter, mais au moment présent je dois me consacrer pleinement à Poucinette, la rassurer, la dorloter comme je peux. Je n’ai pas pris la TV, pas de clé wifi, pas de téléphone non plus, je n’ai pas souhaité qu’on me visite (sauf pour Loulou bien sûr), j’ai ce besoin d’être au calme, d’apprécier le silence et me retrouver là dans ce lit avec ma petite fille au creux de moi, rien que toutes les deux dans ces moments privilégiés par la force des choses. Je pense au fond que je réalise que notre symbiose touche à sa fin, que bientôt je ne sentirai plus ses petits coups en moi, et déjà la nostalgie me saisit…

Pendant les monitos, la sage-femme m’a demandé de lui parler pour la rassurer, parce que l’appareil lance des ultra-sons qui ne sont pas agréables pour elle. Alors quand je vois son cœur s’emballer, je lui parle, je module ma voix, je vois avec bonheur le rythme s’apaiser, elle est à l’affût d’une caresse, d’un baiser de Loulou, et ça semble suffire à son bonheur (et au nôtre !).

C’est là que je comprends que oui, avant d’être enceinte j’étais une maman sans enfant. Mais aujourd’hui, j’apprends à être une maman tout court, j’ai ce petit être qui compte sur moi, qui dépend de moi, qui est face à l’inconnu et a besoin que je la rassure même quand j’ai mes propres craintes. C’est à la fois douloureux et magnifique que cet apprentissage de se donner corps et âme pour son enfant, et nous ne sommes qu’au début de notre chemin Loulou et moi.
Moi qui au début de la grossesse avait ce sentiment parfois de me sentir dépossédée de mon corps, je me rappelle avoir même utilisé l’expression « sac à bébé ». J’avais besoin d’apprendre, apprendre à fusionner avec mon enfant, attendre patiemment que les liens se créent et que l’on s’apprivoise. J’adore être enceinte aujourd’hui, j’adore voir mon corps changer, j’adore parler à ma tite chouquette, attendre sa réponse, attendre son éveil, rire aux éclats quand je la sens faire sa cinglée dans son cocon qui devient chaque jour plus étroit. Bref, le petit scarabé a beaucoup appris et ne demande qu’à apprendre encore 😛

Et le petit scarabé referme sa parenthèse MILK^^ (ne me lapidez pas à coups de spéculums, pitiééééé !!!)

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Un séjour à l’hôpital sous protocole ADALATE #2

Suite au passage de Merlin, j’arrive enfin à avaler mon petit dèj et une heure plus tard mon cœur ne me fait plus mal du tout. J’ai pu lâcher prise, j’ai compris aussi qu’en voulant protéger Poucinette en ne pleurant pas, j’intériorisais tellement que finalement je ne la protégeais de rien du tout. S’avouer faible, s’avouer angoissée et fragile, c’est ça qui l’a protégée, et qui m’a protégée également d’angoisses futures.
Bizarrement après la venue de Merlin, l’équipe est aux petits soins. Ils n’avaient visiblement pas lu mon dossier, mais notre parcours les a touché et tout le monde est adorable. On vient me voir souvent, on discute avec moi, on me sourit et on blague avec moi, Loulou peut venir quand il veut et repartir quand il veut, bref, je me sens de mieux en mieux et assimile les locaux à un nouvel évènement, celui d’une petite Poucinette qui doit rester bien au chaud et en qui on croit.

Un médecin passe l’après-midi, c’est une femme très souriante. Elle s’assoit sur le bord de mon lit et me dit qu’elle sait quel a été notre parcours, qu’elle sait que notre grossesse a été très difficilement obtenue et qu’elle comprend d’autant mieux que j’aie peur pour Poucinette mais, TOUT IRA BIEN . Aujourd’hui, elle peut naître. C’est fou, on me répète cette phrase plusieurs fois mais je ne m’en lasse pas, ça me met du baume au cœur. Même, j’arrête de culpabiliser et finis même par me dire que j’ai été à l’écoute de mon corps et que grâce à cette écoute Poucinette a pu être prise en charge rapidement.

Le soir, je demande de l’ATARAX pour m’aider à dormir, pour ne pas être à nouveau tentée de cogiter. La nuit se passe très bien, je dors enfin.

Le lendemain matin, un médecin vient dans ma chambre et ne m’inspire pas du tout confiance. Il ne se prend pas pour n’importe qui le bonhomme, c’est LE MEDECIN, steuplé quoi. Il arrive, me dit : « Alors ma tite dame, comme ça on est stressée ?? », euh ça y est j’ai une grosse angoisse et je suis cataloguée comme étant la stressée du service. Puis il me dit : «  ben votre col il n’est pas modifié !! Qu’est-ce que vous racontez là, hein ?? » (en fait, j’apprendrai plus tard que ce gros bêta a regardé l’écho d’il y a plus de deux semaines en pensant que c’était une écho faite sur cette hospi, mouhahaha, le boulet), il continue avec ses grands airs : « Vous avez mal ? Des douleurs ? Des contractions ? », je réponds : « juste mal au ventre ». Il repart de la chambre et je l’entends dire aux infirmières que la dame dit avoir des contractions (de quewa ? j’adore ta façon d’interpréter les choses, Marcel), alors ben comme la dame dit qu’apparemment elle a des contractions ben il va lui faire un toucher vaginal.
Il revient avec le gant magique (celui à deux doigts – ça me fait penser à des oreilles de lapin^^ en même temps le lapin qui rentre dans le terrier magique ça me paraît cohérent), et comme il a la flemme d’aller chercher du lubrifiant, il ne trouve rien de mieux à faire que de prendre de l’eau savonneuse et sans me demander mon avis, zou le voilà dans le terrier. Il est brutal, négligent, je sens qu’en fait il fait ça juste pour que « la petite dame » ne l’emmerde plus avec ses « contractions ». Il me dit : « ben voilà, le col n’a pas bougé !! » et il repart en se foutant de ma gueule.

Ca c’est fait. Je sens que ça me brûle à l’intérieur, je vais prendre une douche en essayant de rincer au maximum, je suis furax !

La journée défile comme à l’habitude, l’équipe est toujours beaucoup à l’écoute (je n’ai d’ailleurs plus revu la connasse du début, elle ne m’a pas manqué celle-là)

Vers le soir, j’ai à nouveau des contractions rapprochées malgré l’ADALATE, l’infirmière me dit que la sage-femme est prévenue et qu’elle passera me voir. Je prends mon comprimé du soir, on me donne du SPASFON en plus pour suppléer l’ADALATE.
Dans la nuit, j’ai mal à la tête, je me sens pas super bien et je contracte encore. L’infirmière de nuit arrive pile au moment où j’ai une contraction, prend ma tension, je suis en dessous de 8. L’ADALATE est un hypotenseur, mais dans ma perf j’ai du RINGER qui a pour rôle de maintenir la tension, imaginez ce que ça aurait donné sans !
Bref, elle appelle Merlin qui est de garde, puis la sage-femme. On me donne de l’ATARAX, pas parce que c’est sans doute « la tite dame qui est stressée », mais pour sa vertu de calmer les contractions. On le donne souvent en complément de l’ADALATE, comme ça tu sais tout.
La sage-femme arrive entre temps. Elle est très avenante, parle tout doucement, palpe le ventre et Poucinette lui répond par des petites vagues. Elle m’aide à me positionner dans le lit pour arrêter les contractions et m’explique que si ça continue malgré tout ça, on fera un monito et on vérifiera l’état du col. S’il a bougé, on déclenche la deuxième partie du protocole ADALATE, l’injection du CELESTENE pour faire maturer les poumons de Poucinette.
La nuit n’est pas super top, je me réveille avec une douleur au poignet droit – là où la perf a été posée – et me rend compte que ça saigne. Je palpe : « et meeeerde, la veine a claqué… ». Il y a des moments comme ça où les emmerdes s’enchaînent quand même^^ la veine a effectivement claqué, on refait une perf qui tient bon (pour le moment).

La suite dans le prochain article….

Un séjour à l’hôpital sous protocole ADALATE #1

Eh bien ça y est, nous y sommes. Il n’aura pas fallu longtemps pour que le protocole soit lancé, mais malgré tout nous avions réussi à gagner deux semaines supplémentaires depuis notre dernière venue aux urgences.

Je replace le contexte pour vous aider à y voir plus clair :

Vendredi dernier, j’ai eu beaucoup de contractions encore, et quand Poucinette tapait dans le col j’avais cette impression étrange, ce fameux instinct qui dit que quelque chose ne va pas, que ce n’est pas comme d’habitude. Je mets du temps avant de le dire à Loulou, je ne veux pas créer d’inquiétude inutile et je me dis qu’en attendant je vais m’écouter, voir si cette sensation revient. Ca ne tarde pas à revenir, Poucinette tape dedans et j’ai le sentiment que mon col a bougé. Je finis donc par en parler à Loulou, et nous prenons tranquillement ce chemin que nous connaissons que trop bien maintenant, vers l’hôpital qui aura vu bien des désillusions et bien des espoirs dans notre parcours.
Je suis mise à nouveau sous monitoring, Poucinette est réactive, elle retrouve ses joujous et tape joyeusement dedans ! C’est tant mieux, au moins elle ne souffre pas de ces contractions, elle vit sa vie tranquillou et s’amuse avec un rien.

Le monito révèle des contractions très rapprochées, plus encore que la dernière fois. C’est Merlin qui est de garde ce jour (l’interne qui appelait Poucinette « La Chose » au tout début de la grossesse), il est adorable comme à son habitude, et fait les choses avec beaucoup de douceur. Un toucher vaginal plus tard, Merlin fronce les sourcils et reste silencieux. Je l’invite à parler, nous avons besoin de savoir. Le col a bien bougé, de dur, long et fermé il est passé à mou, mi-long et ouvert à un doigt en orifice externe. MERDASSE !

Le protocole ADALATE dont je vous ai parlé rapidement la dernière fois est cette fois-ci lancé, on m’explique que maintenant il faut réussir à tenir au moins jusqu’à 34sa, ce serait l’idéal pour Poucinette. Toutes les 15 min pendant 1h, j’ingère donc ce fameux comprimé d’ADALATE et on observe sur le monito si son action est efficace ou pas. Bonne nouvelle, c’est très efficace, Merlin est content et nous dit que si ça continue comme ça on pourra atteindre les 34sa. Il fait un prélèvement vaginal pour vérifier que tout va bien du côté de la flore du terrier magique.
On me monte dans ma chambre après m’avoir perfusée et effectué une prise de sang à la recherche d’une éventuelle infection. Je fais aussi pipi dans un minuscule petit pot (putain, déjà que je ne vois plus mon terrier magique avec ce bidou, mais alors réussir en plus à viser juste là c’est même pas la peine^^), je te laisse imaginer la complexité de la chose 😛

Je passe une nuit affreuse, les locaux me rappellent tellement notre dernière venue….je repense à mon petit ange, là-haut quelque part, je repense à tout ce sang, j’angoisse à chaque instant qu’on me dise que Poucinette va naître, pourtant je sais qu’on en n’est pas là, je retiens des larmes pour être forte pour elle, pour qu’elle sache que sa maman va se battre avec elle et fera tout ce qu’il faut pour que sa naissance soit retardée. Je ne dors que 3h cette nuit-là, j’ai très mal au cœur à force de cogiter et d’angoisser, je me sens oppressée. D’autant que l’infirmière de nuit est la même que celle qui m’a accueillie la nuit de ma fausse-couche, et elle se souvient de moi. Ses paroles ne sont pas délicates, je voudrais juste là maintenant me réfugier dans les bras de Loulou, poser ma tête sur sa poitrine et m’apaiser sous ses caresses.
Le matin, j’essaye d’exprimer mes angoisses, et comme je fais de l’arythmie on effectue un ECG : j’ai des pics à 144bpm. Je tombe sur une conne qui me dit d’arrêter de me faire des films, que c’est n’importe quoi, etc etc. Bref, tout pour m’aider à m’apaiser quoi hein !

Merlin est là ce matin, il arrive dans ma chambre et me trouve en pleurs, il prend une chaise et s’assoit tout près de moi pour discuter. Je lâche tout, je dis tout ce que j’ai sur le cœur, je lui reparle de la fausse-couche et de ces souvenirs sanglants qui me hantent depuis cette nuit, je lui parle de ce sentiment d’être incapable de mener une grossesse normale, je ne vais pas tout énumérer mais bref, je lui dis tout. Merlin a un effet ultra apaisant sur moi, c’est quelqu’un de très humain, très à l’écoute. Il me rassure d’une façon extraordinaire, il m’explique que Poucinette pourrait naître maintenant que tout se passerait bien pour elle, que c’est normal d’angoisser et de repenser à notre ange et qu’il comprend bien la douleur que ça provoque de retrouver cet environnement-là, mais qu’aujourd’hui rien n’est plus pareil, Poucinette VA naître, VA vivre et qu’on VA atteindre ces 34sa ensemble…

La suite dans mon prochain article…