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Quand l’innocence se balafre de réalités cuisantes

10 Oct

J’en suis là, à réaliser que nous sommes seuls. Nous avions des amis, où sont-ils ? Quand nous étions fiancés, les gens se disaient qu’on avait besoin d’être tranquilles, pour savourer nos moments à deux, pour nous construire. Quand nous nous sommes mariés, les gens se sont dit qu’il fallait nous laisser encore plus tranquilles, parce que désormais, c’était un foyer qu’on allait construire, les jeunes mariés réclament d’être seuls à seuls… . Quand on a voulu un enfant, les gens se sont dit qu’il fallait nous laisser tranquilles, parce que d’ici peu il y aurait un bambin à s’occuper. Quand nous sommes entrés en PMA, les gens se sont qu’il fallait qu’on les laisse tranquilles, parce que la souffrance est venue entacher notre vie, et ils ont eu peur qu’elle éclabousse la leur.

 

Ne parlons même pas de ceux qui se montraient tout de même attentifs, et qui dès qu’ils ont appris qu’ils auraient un enfant, nous l’ont caché, jusqu’à ce que ce soit trop voyant, nous ont écarté de leurs soirées « entre amis ». On apprenait par d’autres personnes qu’il y avait eu telle soirée chez untel. Un jour, on se promenait près d’un plan d’eau bien connu dans notre ville, et nous y avons croisé ces fameux « amis » qui allaient pique-niquer ensemble. Ils se sont sentis bien cons… .Nous aussi.

Je me demande à quoi cela rime d’avoir des liens avec autrui, si c’est pour qu’il nous laisse et nous rejette dès que notre histoire est différente de celle des autres, entrés dans le moule des fertiles. Vous allez me dire que l’amitié sincère existe, c’est vrai, je ne le nierai pas. Mais combien d’entre vous peuvent dire que JAMAIS, cette amie ne vous a laissé de côté, que JAMAIS elle ne vous a traité différemment parce que, ô malheur, vous vivez votre quotidien avec l’infertilité collée à vos bask’ ?

 

Vous n’en avez pas marre d’être rejetés ? Vous n’en avez pas marre que le regard des autres changent dès qu’ils apprennent que vous n’arrivez pas à avoir un enfant ? Vous n’en avez pas marre d’être ignorés ? Vous n’en avez pas marre de savoir pertinemment que les autres voient votre souffrance mais la minimisent ? Parce que moi, si. J’en ai marre.

J’en ai marre du « ooooh, mais ça marchera la prochaine fois !!! », « ooooh, mais vous êtes jeeeeeeunes, pourquoi vous inquiéteeeeeer ?! », « ooooh, mais vous y pensez troooop ! Vous n’avez qu’à adopteeeeer ! ». Je voudrais que pour une fois, juste une fois, les gens ressentent notre souffrance comme s’ils la vivaient, peut-être que notre société ne nous musèlerait pas en banalisant l’infertilité, en présentant la PMA comme la solution miracle qui va combler tous les couples rapidement. Parce que c’est faux, nous le savons, nous le vivons, nous en parlons, mais bien vite nous nous taisons, parce que ça saoule tout le monde.

Un jour, quand il n’y aura plus 1 couple sur 6, mais 4 couples sur 6 qui consultent pour des problèmes d’infertilité vu les saloperies qu’on nous fait manger, la pollution et toutes les choses que l’on ne soupçonne pas mais qui nous bouzillent la santé, peut-être serons-nous pris au sérieux… . Et peut-être, je dis bien peut-être, nous sentirons-nous moins seuls…moins « marginaux ».

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19 Commentaires

Publié par le octobre 10, 2013 dans claques

 

19 réponses à “Quand l’innocence se balafre de réalités cuisantes

  1. P'tit Hérisson

    octobre 15, 2013 at 7:02

    Notre situation ressemble aussi énormément à la vôtre. Pour les amis qu’on a en ce moment, ce n’est pas tant qu’ils passent des remarques désagréables (au contraire, la plupart savent se retenir), mais c’est plutôt le fait qu’on ne se sente pas en phase avec ceux qui ont des enfants…

     
    • titpouce

      octobre 18, 2013 at 2:53

      Oui, ça peut être aussi une cause de malaise et d’un certain « rejet » qu’on ressent parce qu’on est encore sur le bord de la route. J’espère que tu pourras bientôt te sentir en phase totale avec tes amis déjà parents, avec un bidon tout rond, tout mignon 😉

       
      • P'tit Hérisson

        octobre 18, 2013 at 3:53

        🙂 J’aime bien le passage sur le bidon rond et mignon. Juste d’y penser, ça me fait du bien!

         
  2. aufrie

    octobre 14, 2013 at 10:09

    Je pense que tant qu’on n’est pas confronté à la situation c’est difficile d’imaginer ce qu’il se passe de l’autre côté.
    Je ne suis pas infertile, mais je connais bien les fausse-couches et GEU et la douleur qui y est lié. Malgré tout je me sens tout de même éloigné de mes amis qui eux ont eu 1 ou plusieurs enfants sans souci. Je ne leur en parle pas car ils ne comprendraient pas ou minimiseraient les choses.
    J’espère que tu vas mieux.

     
    • titpouce

      octobre 18, 2013 at 2:52

      Oui, j’imagine à quel point c’est dur d’avoir vécu tout ça 😦
      Dans cet article, je me suis référée à mon vécu, mais je suis bien consciente qu’il n’y a pas « besoin » d’être infertile pour ne pas être confrontée à l’incompréhension des gens. Je suis bien désolée que dès qu’il y a des obstacles qui se dressent pour avoir un enfant, ça rebute tout de suite l’entourage.
      Je vais mieux, merci aufrie 😉 Et toi alors, cette séance d’ostéo, ça t’a fait du bien?

       
  3. Boule de Mousse

    octobre 11, 2013 at 5:45

    Cette solitude est présente dans toutes les épreuves de la vie… tout simplement parce que personne ne peut prendre le poids des notre souffrance pour nous. J’ai à la base un caractère solitaire. Pas par choix mais par résignation. C’est sans doute pour ça que lorsque je vais mal, je m’isole. Ma pire angoisse etant l’incompréhension. J’ai souffert de réactions inappropriées de la part de mes amies concernant la pma et parfois elles ont été d’un immense secours… je crois qu’il nous appartient aussi parfois de prendre du recul et d’accepter l’incompréhension des autres… même si c’est injuste. ..

     
    • titpouce

      octobre 18, 2013 at 2:44

      c’est sûr, tu as bien raison, mais c’est loin d’être évident après un échec tout frais encore. C’est bien que tes amies aient pu t’être d’un grand secours malgré les autres moments où elles ne s’y sont pas bien pris, c’est important.
      Bises

       
  4. Marinette

    octobre 10, 2013 at 9:15

    Le ménage avec mes « amis » a été fait depuis longtemps. À chaque fois que je déménage, je me rend compte que mes « amis » ne prennent plus le temps de faire la distance nous séparant. Et puis, ils ont leur vie (de famille), nous avons la notre (d’infertiles).
    Tout ça pour te dire que des fois il est nécessaire de faire le ménage dans son entourage pour faire de la place pour accueillir de nouveaux amis. Ne regardons plus derrière nous ma belle, l’avenir est devant.
    Je t’embrasse et suis contente d’avoir de nouveau de vos nouvelles.

     
    • titpouce

      octobre 11, 2013 at 10:45

      C’est gentil, et moi je suis contente d’apprendre que malgré les frayeurs que tu as eues, tout semble bien se passer.
      Je vais essayer de me tourner vers l’avenir et ne pas m’accrocher aux personnes qui ne veulent plus faire partie de nos vies.
      Je t’embrasse aussi

       
  5. MadameHiberne

    octobre 10, 2013 at 3:51

    Je suis comme Little Wife je ne vis pas autant ce rejet de l’infertilité puisqu’on la tait. Mais je pense que ces personnes sont bien moches et je ne comprends pas. Je sais qu’il y a des gens supers qui acceptent dans leur entourage une personne en situation de handicap alors je comprends pas pourquoi ce serait pas aussi simple avec l’infertilité… On nous dit souvent que les épreuves ont cela de bien qu’elles nous aident à faire le tri dans nos vies mais là dans ton cas c’est un peu trop quand même.
    Bisous ma belle.

     
    • titpouce

      octobre 11, 2013 at 10:47

      Les épreuves ont fait un sacré ménage, on a fait place nette^^ mais heureusement, nous avons fait de belles « rencontres » avec tout pleins de pmettes adorables, dont tu fais partie !
      Bisous

       
  6. celinefgl

    octobre 10, 2013 at 3:20

    Le constat est terrible, brutal mais réel.
    Lorsque l’on n’est pas concerné par la PMA ou du moins sensibilisés au moins par l’expérience de l’un de ses proches, on ne comprend rien à tout cela et on n’y accorde que peu de compréhension.
    Tit’poucinette, mon commentaire est celui d’une pmette qui a vécu une partie de sa vie en dinde fertile.
    Je connais les deux cotés du miroir et je comprends mieux que jamais aujourd’hui ce que je n’ai jamais perçu il y a encore quelques années.
    Je pense que les gens, amis dont tu parles (on a tous les mêmes autour de nous) agissent par méconnaissance, peur de l’ inconnu et plus souvent encore par maladresse ne sachant que dire ou que faire.
    La situation que je vis aujourd’hui me semble à des milliers de kilomètres avec celle dans laquelle j’étais il y a encore quelques années. Et je n’imaginais pas ce que voulais dire toutes ces étapes, ces épreuves, cette attente, ces doutes et cette angoisse qui grandit, au cours des échecs successifs. Sans rire, je n’ai jamais perçue l’intensité de la douleur de la fausse couche avant d’y être confrontée, je n’ai jamais compris ce que la pma fait de nous avant de la traverser…. Et je ne suis pas égoïste, je suis même assez altruiste mais… ce que nous ne vivons pas, nous ne le comprenons que mal. Et les tenants et aboutissants émotionnels nous échappent encore plus. Je pense que cette étape de vie se traverse à 80% dans le couple et à 20% avec la blogoshère qui sait furieusement de quoi il s’agit… et quelques amis et membres de nos familles qui parviennent à sortir du lot mais ils ont rares.
    Le constat que je fais est assez terrible aussi mais plus vaste encore que dans le cadre seul de la PMA: je pense que l’on avance souvent seuls dans l’existence. L’amour que l’on donne et que l’on reçoit est le seul rayon de soleil dans cette solitude. Notre vie sociale est finalement souvent faite d’apparences, de peu de profondeur alors que la PMA est une histoire de grande intimité, qui touche à la chair et aux émotions les plus anciennes. Finalement, mes seuls soutiens auront été mes copinautes pendant toute cette aventure. Et je me suis faite avec plaisir (et sagesse peut être) à cette idée. Du coup, ta copinaute de PMA te fais de grosses bises et t’envoie plein de soutien du fond de sa propre solitude 😉

     
    • titpouce

      octobre 11, 2013 at 10:52

      Ton point de vue est très intéressant, et enrichissant. J’espère que tu ne t’es pas sentie blessée indirectement par rapport au fait justement que tu aies fait partie des fertiles… . Il y a de la méconnaissance, c’est bien vrai, mais quand tu sens qu’il y a aussi de la méchanceté gratuite, ou de l’ignorance volontaire, là ça hérisse le poil. Mes parents par exemple ne savaient pas du tout ce que c’était, mais ils ont voulu comprendre, et aujourd’hui ils savent ce qu’il ne faut pas dire ou faire, et font preuve de plus de délicatesse. Mais les amis…ahem… .
      Si toutes les pmettes, du fond de leur solitude se soutiennent, je trouve que c’est une bien belle consolation 😉 je sais que tu es là, mais c’est bon que tu me le rappelles. Ma tit’ Céline, je t’apprécie beaucoup ❤
      Pleins de bisous

       
  7. damelapin

    octobre 10, 2013 at 3:15

    Tiens, j’ai écrit à l’instant un article sur les phrases déplacées…
    Chez nous, peu sont au courant. Un des couples s’est éloignés: nous avions commencés les essais à 4 mois d’écart, ils ont déjà 2 enfants. C’est de la pudeur je pense. Peur de pas savoir quoi dire. Mais quand je la vois, elle est adorable avec moi, elle sent ma peine.
    Les autres, on s’en éloigne de nous même car souvent, ils ne pourraient pas comprendre. Ils pensent à peine au mariage, alors un enfant… Ils se sauraient même pas ce qu’est que la PMA, en quoi ça consiste… Ils fument, boivent, j’ai envie de leur hurler d’arrêter, que ça peut altérer les spermato :p
    Je préfère me protèger pour éviter d’être blessée. Mais quelque part, je me met moi même à l’écar et c’est dur.

     
    • titpouce

      octobre 11, 2013 at 10:55

      Oui, on a été synchros ! 😉 j’ai lu ton article, c’est tellement vrai tout ce que tu dis… .C’est vrai que je ne saurais dire ce qui est le plus dur entre s’isoler des autres, ou être isolées par les autres. Tu vois, pendant un moment on ne disait rien, et puis on a eu l’impression de renier une part de ce que nous étions, on a été trop bêtes pour se confier, et voilà le résultat !
      Mais bon…heureusement que les copinautes sont là !

       
  8. Little Wife

    octobre 10, 2013 at 2:52

    Il est si dur ton post mais terriblement vrai. Je ne subis pas le quart de tout ça car je n’en parle presque jamais mais j’ai peur d’en passer par la un jour, quand les gens autour de nous aurons compris. Je crois que le malheur fait peur aux autres et qu’on finit par n’être entourés que par très peu de personnes.
    En tout cas on est la nous, j’ai souvent pensé à toi ces derniers jours, je n’ai pas osé t’écrire et rompre ton silence, j’espère que tu vas surmonter cet échec et voir que l’avenir peut encore s’éclaircir.
    Bisous.

     
    • titpouce

      octobre 10, 2013 at 2:55

      Je me sens prête à discuter en privé avec toi, ce sera un plaisir. Dis-moi quand t’es dispo, moi je le suis aujourd’hui, en mode larve.
      Bisous

       
      • Little Wife

        octobre 10, 2013 at 4:45

        Je rentre du taf en général entre 20.00 et 21.00. Je me branche sur skype en rentrant, je verrai si tu es connectée. Bises.

         
  9. pivoinespma

    octobre 10, 2013 at 2:34

    Comme c’est dur de sentir les amis vous lacher. Moi j’en parle pas trop. Juste à ma meilleure amie et quand je vois le résultat à certaines de ses réactions, je m’en veux de le lui avoir dit un jour. Maintenant, je suis coincée, si je veux conserver notre relation je dois le lui en parler sinon ça nous séparera.

    Mais je te comprends, parfois on se dit quelle bande c**** tous ces gens qui vous disent  » chaque chose vient en son temps ». J’ai une amie spécialiste de cette phrase. Dès que j’aborde de loin mes difficultés elle me crache cette phrase à la gueule comme pour me dire « la ferme j’ai pas envie que tes malheurs me retombent dessus!! ». Gentillement, je la ferme.

    Mais ma vengeance viendra le jour où je tiendrai mon bébé dans les bras et qu’elle me dira « tu vois chaque chose vient en son temps ». Là je prévois de lui aboyer dessus ou pire la gifler ou pire …. l’ignorer… en fait! je me connais, je laisserai couler parce que je serai tellement heureuse d’avoir mon bébé dans les bras que le reste me sera bien égal.

    Courage, tu n’es pas seule

     

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