Il ne reste RIEN

Cette nuit a été difficile. Je n’avais aucun  repère pour me sentir consolée. Pas de Loulou pour me caresser, recueillir mes larmes, et me dire d’aller de l’avant. Pas de pmette pour me consoler, me soutenir, et me dire d’aller de l’avant. ¨Pas de famille, ni d’ami pour me comprendre, et me dire de l’avant. Personne.

J’ai passé cette nuit à me retourner sans arrêt, à détester cette douleur qui me saisit alors que plus rien ne la justifie. Pas de bébé, une coquille vide. J’ai cauchemardé, et puis au réveil, j’étais juste rincée. Comme si je n’étais qu’une part de moi, capable d’aligner quelques mots, mais rien de plus.

Ma tension était à 9, pas étonnant. Toujours en restriction hydrique, j’espère que toute cette rétention qui déforme mon corps va bientôt s’évacuer. Et puis, il y a eu la pesée, une claque violente pour m’achever. 10 kilos de pris depuis le début des traitements en octobre 2012. Putain. Et dire que je ne trouverai aucune satisfaction de me dire que certes, j’ai pris 10 kilos, mais que je serrerai bientôt bébé dans mes bras. Rien. C’est juste ce qui qualifie mon état.

Et puis il y a cette équipe, qui croit bien faire, mais qui m’enfonce de plus en plus :

«  Vous êtes jeune !! vous avez toute la vie pour avoir un enfant ! »

«  Faut pas être triste, VOUS ETES JEUNE !! et vous savez, vous devez y penser sans doute trop, c’est pour ça que ça ne fonctionne pas. Ah ? C’est pathologique ? Sure ? Nan parce que je connais quelqu’un, qui y pensait trop, et qui a fi nit par tomber enceinte. Et son deuxième est arrivé comme ça, quelques mois à peine de son accouchement. Et tatata…. »

«  Vous êtes sûre que vous avez bien compris votre PMA ? C’est quoi le nom de votre gynéco ? Ah ben je vais le contacter, parce que moi ça m’étonne ce que vous me racontez. »

Tout ceci, en même pas 4heures. J’ai le droit de pleurer ?

Que vous me disiez oui ou non, c’est trop tard. J’ai pleuré. Le médecin est arrivé avec la première infirmière à m’avoir bombardée de réconfort bidon. Il me dit : « la prise de sang est normale. On refait une écho de contrôle, et normalement ce sera ok ».

Je me mets à fondre en larmes. La prise de sang est normale…à ses yeux, pas aux miens. Une prise de sang normale aurait été pour moi une prise de sang avec un beau taux de vie. Mais rien. Toujours ce même rien qui me ramène à la dure réalité. Je m’effondre sous leurs yeux, me recroqueville dans mon lit, et leur dit que je veux rentrer, que mon mari est tout seul à devoir assumer son infertilité. Que j’ai besoin d’être auprès de lui.

Le médecin ne comprend pas ce cri de détresse : « vous aurez plein d’autres tentatives devant vous ! Vous en étiez qu’à la deuxième, voyons ! ».

Je me fatigue à vouloir lui expliquer en long, en large, et en travers, entre deux sanglots, ce qu’il se passe pour nous maintenant. Mais rien n’y fait. Il veut appeler ma pma. Qu’il le fasse ! au moins il verra que je ne raconte pas des cracks, et que, bien que jeune (au passage, je ne savais pas qu’il y avait un âge légal pour souffrir de l’absence d’un enfant), je dois partir à l’étranger avec l’amour de ma vie pour espérer fonder une famille malgré tout.

Au lieu d’être réconfortants face à mes larmes, ils me plantent comme ça, me laissant à nouveau seule face à l’immensité du vide qui se présente à moi.

Je suis comme un lion en cage. Je n’ai eu qu’une envie : arracher ma perf, et m’enfuir de cet endroit de torture psychologique. Le « vous êtes jeune » ne cesse de me narguer, de résonner dans ma tête, et de me poignarder sur une réalité encore plus pesante : je suis jeune, et je souffre déjà tant. Je porte sur mon cœur la douloureuse marque au fer rouge de la pma, déjà, à 21 ans. Et, à 21 ans, je m’en vais en Belgique pour trouver une petite vie qui voudra bien s’implanter en moi. Je suis jeune, et je t’emmerde, toi qui pense que la jeunesse exclue la souffrance, et le droit de pleurer sur l’enfant qui manque au bonheur.

J’attends plus qu’une chose : que mon Loulou me rejoigne vite et que je trouve la chaleur que je n’ai pas trouvée à l’hôpital. Pourtant entourée d’une équipe qui voit passer des femmes comme moi, qui souffrent du RIEN pesant et réel.

Rien ni personne ne semble saisir le sens du mot : REVE. Le rêve est à portée de tous, et à tous les âges. Mais l’irréalisation de ce rêve ne semble devoir être qu’à portée d’un certain âge, pas le mien paraît-il. Que de bêtises déblatérées ventant de ceux qui, aveugles, essayent de lire dans nos cœurs !

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5 réflexions sur “Il ne reste RIEN

  1. Ce que tu endures (et ton chéri aussi…) est très difficile, et je suis triste (et énervée) que l’équipe médicale ne s’en rende pas compte. Je ne trouve pas cela normal. Tu es jeune, et alors ?? Ca n’empêche pas la souffrance, ça n’empêche pas de vivre des choses très compliquées, ça n’empêche pas de vouloir être mère, ça n’empêche pas la difficulté de l’attente… Moi aussi je suis confrontée au « Vous êtes jeunes (28 ans), vous avez encore du temps devant vous !!! » Soit, du temps, on en a. Mais ça n’empêche pas qu’on souffre de tout ça.
    Je pense bien à toi dans ces moments difficiles, j’espère qu’en attendant la suite vous pourrez prendre bien soin de vous.
    Grosses bises.

  2. je suis tellement triste que tu aies du affronter tout ça… tu dois certainement être rentrée à l’heure où je t’écris alors j’espère que vous saurez trouver le réconfort dans les bras l’un de l’autre. Les mots de ton homme dans le post précédent sont très durs, à force d’amour et de patience il finira pas comprendre qu’il n’est pas « inutile », tu vas devoir continuer à être courageuse mais je suis sure que votre amour vous portera jusqu’à votre enfant… pleins de bisous
    .

  3. Ma pauvre louloute. Comme je suis triste de te lire… Cette solitude est insupportable et pourtant c’est notre lot quotidien. Pour rebondir sur la jeunesse… Il y a eu une époque où l.on me disait la même chose… Vous êtes jeune… Puis un jour c’est fini… Tu n’es plus jeune… Et on te dit de faire vite car ça sera trop tard… Oui, ta jeunesse est une « chance » car ça te laisse le temps d’avancer… Mais elle n’est pas une excuse pour rester inerte. Je suis vraiment triste pour vous. J’aime dire le meilleur reste toujours à venir. C’est ce que je vous souhaite… Des gros bisous

  4. C’est le revers de la médaille, d’être « jeune ». Je connais la même chose, à 27 ans. Certaines à 40 ans ne sont pas prêtes pour être mères. Et puis, nous dire qu’on est jeunes, puis quand on ne l’est plus nous dire « ah bah c’est trop tard », franchement…

  5. J’espere qu’à l’heure ou j’écris ce commentaire tu as pu retrouver les bras de ton homme.
    J’ai 18 ans de plus que toi, à l’âge de 21 ans j’étais encore sur les bancs de l’ecole.
    Non, je ne te dirais pas que tu es encore jeune, car sinon tu pourras me dire que je suis trop vieille. Il n’y a pas d’âge pour être mère.
    Votre amour est plus fort que tout.
    Je te fais de gros bisous.

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